|
Photo Dr. Manfred Mumelter. Fonds 228 Dr. Manfred Mumelter. In : Verein Tiroler Landesmuseum Ferdinandeum Innsbruck. Musée régional du Tyrol – Bibliothèque. Un patriote dans la ligne de mire Le 12 mars 1938, quelques heures à peine après l'annexion (Anschluss) de l'Autriche par l'Allemagne nazie, une vague d'arrestations balaie le Tyrol. Parmi les premières victimes de cette terreur systématique se trouve le Dr. Manfred Mumelter, directeur du Gymnasium académique d'Innsbruck. Son crime ? Une conviction patriotique conservatrice et un engagement inébranlable pour une Autriche indépendante, en contradiction directe avec l'idéologie nazie. Relevé de ses fonctions de directeur, il est immédiatement arrêté et emprisonné au commissariat de police d'Innsbruck. Cette arrestation, documentée comme étant politique, semble également avoir été motivée par des dénonciations personnelles, illustrant les mécanismes arbitraires de la persécution à cette époque. La déportation à Dachau Mumelter n'est pas relâché. Il fait partie d'un groupe d'environ 60 Tyroliens, dont le juriste Dr. Ernst Verdross et l'inspecteur de police de Hall, Friedrich Corazza, sélectionnés pour des interrogatoires approfondis de la Gestapo. Le 31 mai 1938, ils sont déportés vers le camp de concentration de Dachau, près de Munich. Son enregistrement au camp est froidement consigné : numéro de prisonnier 14350, Manfred Mumelter, né le 28.10.1885 à Bozen, directeur de gymnasium. Dachau, le premier grand camp créé par le régime nazi en 1933, est une usine à briser les volontés par l'intimidation et la violence absolue. Sources principales : Documentation du site NS-Widerstand-Hall in Tirol, incluant des archives du camp de concentration de Dachau L'épreuve de « L'Arbre » et des séquelles durables À Dachau, Mumelter est soumis aux traitements brutaux et arbitraires qui définissent le régime du camp. Il subit notamment la torture particulièrement redoutée appelée « Der Baum » (L'Arbre). Les prisonniers avaient les mains enchaînées dans le dos et étaient suspendus à une poutre, le poids de leur corps provoquant la dislocation des épaules. Un témoignage contemporain du codétenu Dr. Ernst Verdross décrit cette atrocité : *« L'Arbre. Une poutre carrée d'environ 3 m de haut était enfoncée dans le sol. On enchaînait les mains du prisonnier dans le dos, puis on le hissait pour les accrocher à un crochet... Cette torture durait une demi-heure, une heure et plus. La plupart perdaient connaissance à cause de la douleur. »* Mumelter endure cette agonie pendant une heure. Les séquelles physiques sont si graves qu'un an après sa libération, il souffre encore des conséquences de cette torture et ne peut pas bouger ses mains. Libération conditionnelle et résistance persistante Après dix mois de détention, le Dr. Mumelter est libéré du camp de Dachau le 13 mars 1939, apparemment grâce à l'intercession d'un ancien collègue auprès du Gauleiter du Tyrol. Le retour à la vie "normale" est marqué par la surveillance constante des autorités nazies et l'absence de toute compensation financière, le forçant à trouver un emploi dans le secteur privé. Malgré le traumatisme et la menace permanente, son esprit de résistance reste intact. De retour à Hall, il s'engage activement dans la résistance locale, collaborant avec les réseaux autour du Dr. Ernst Verdross et du Dr. Viktor Schumacher. Cet engagement clandestin témoigne de son attachement indéfectible à des convictions démocratiques et autrichiennes. Reconnaissance et coopération après 1945 La fin du régime nazie en 1945 marque un tournant. Le courage et les souffrances de Manfred Mumelter sont enfin reconnus. Il coopère activement avec les autorités d'occupation françaises au Tyrol. En signe de respect, les Français exemptent même sa maison d'Hall de l'obligation de loger des soldats. Dès l'été 1945, le gouvernement régional du Tyrol lui confie une mission cruciale pour la reconstruction : il est nommé inspecteur scolaire régional pour les écoles secondaires. Dans ce rôle, il œuvre avec engagement au rétablissement d'un système éducatif de qualité dans le Tyrol d'après-guerre. L'histoire du Dr. Manfred Mumelter est plus qu'un récit de persécution. C'est le parcours d'un intellectuel et patriote qui, confronté à la terreur absolue, a refusé de plier. Son engagement dans la résistance puis dans la reconstruction de l'Autriche démocratique fait de lui une figure emblématique des fractures et des conflits, mais aussi de la résilience, qui ont marqué le Tyrol au cours de la première moitié du XXe siècle. Photo : Le Dr Manfred Mumelter (à droite) en conversation avec un officier de l'armée d'occupation française sur le Seegrube près d'Innsbruck, 1945. (Source : Fonds 228 Dr. Manfred Mumelter, Verein Tiroler Landesmuseum Ferdinandeum, Innsbruck) Action culturelle : Le retour en Autriche Son sentiment artistique et patriotique, le Dr Mumelter l'a exprimé en 1946 dans la pièce de théâtre « Mon pays natal, mon Autriche », qu'il a écrite à l'occasion du 950ème anniversaire de l'Autriche. Les lignes d'ouverture poignantes reflètent l'état d'esprit de toute une génération : « Autriche. Est-ce là le retour après tant d'années, désiré, rêvé, dans de pénibles doutes éveillés, le bâton avec lequel j'ai marché à travers l'exil, le seul espoir qui m'a soutenu, pour que je ne me noie pas dans la mer de la haine ? » Carte d'adhésion du Dr. Manfred Mumelter à la Ligue des victimes du national-socialisme. In : Musée régional du Tyrol Ferdinandeum Innsbruck. Musée régional du Tyrol/Bibliothèque.
0 Comments
|
Une écrivaine
|
Proudly powered by Weebly
RSS Feed